bio

img_1858A coup sûr, l’itinéraire professionnel d’Yves Descloux n’est pas banal. Et cela commence dès son origine : il est né à Genève d’un père helvète et d’une mère pied-noir en 1962, cette année qui marquait la fin des « événements » d’Algérie comme on disait alors pour qualifier une guerre sans nom, mais ceci est une autre histoire. C’est à Genève donc qu’il fit ses premiers pas dans la vie, ses études jusqu’au baccalauréat, puis un apprentissage au cours duquel il apprit le noble métier d’ébéniste. Ce qui ne l’empêchait pas de « descendre » fréquemment à Avignon, dans le Vaucluse, chez un cousin qui exerçait là le non moins noble métier de luthier. Rétrospectivement on est en droit de voir là un signe du destin.Yves était tombé dans la musique dès son plus jeune âge. Son père, guitariste amateur, lui en avait donné le goût et tôt notre futur luthier pratiqua la flûte traversière, puis le saxo ténor. Musicien de jazz amateur, il constitua des groupes mais, assez curieusement, il connut des problèmes avec ses contrebassistes qui trop souvent, le lâchèrent … lâchement. À telle enseigne qu’il décida, pour pallier à ces inconvénients, d’apprendre à jouer lui-même de la contrebasse et ce fut son dernier contrebassiste qui fut son mentor (son « dresseur » comme disait son fils).

Yves à la maison, se mit à remonter patiemment une contrebasse qu’on lui avait confiée, en dix-huit morceaux ! Il y prit un grand plaisir. D’où son envie d’en fabriquer une de toutes pièces. Il lui fallait alors apprendre la lutherie. C’est ainsi qu’il fit, grâce à son ami le violoniste Raphaël Oleg, la connaissance d’un grand luthier lyonnais, qu’on ne présente plus, Jacques Fustier. Celui-ci avait été fasciné par un canapé des plus originaux créé par Yves et il crut en lui et accepta de l’initier ; ils se prirent de sympathie. C’était en 2002, et Yves vous dira que, durant les quatre années de son initiation, Jacques Fustier fut, lui qui n’a guère d’élèves, plus qu’un maître. Une énorme complicité lia les deux hommes au cours des séjours qu’Yves accomplit dans l’atelier lyonnais où Jacques lui apporta beaucoup plus que son art.

Dès juin 2004, à peine achevée sa première contrebasse, celle-ci fut jouée par Vincent Pasquier, soliste de l’Orchestre de Paris, qui l’apprécia fort, lors d’un concert au Méjan, à Arles qui réunissait Laurent Korcia, Michel Portal et Jean-François Heisser pour une merveilleuse prestation. Une contrebassiste de l’Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine, Valérie Petite, n’a pas hésité à adopter une de ses contrebasses. Quant à Steven Zlomke, contrebassiste solo de l’Orchestre de la Suisse Romande, voici ce qu’il écrivait récemment à propos d’un instrument d’Yves (une contrebasse à cinq cordes) qu’il avait eu sous son archet : « [l’instrument qui] n’avait qu’un mois à ce moment-là, (…) s’est déjà montré souple et puissant. Il est malléable même dans le forte avec une palette de possibilités d’articulations différentes et de couleurs. Je ne peux que le recommander comme instrument de première qualité  » (15 février 2007).

Philippe Gut, avril 2007

Vincent Pasquier, Michel Portal et Laurent Korcia (de droite à gauche)

Aujourd’hui, presque dix ans plus tard, Yves a fabriqué plus de 40 instruments (13 violons, 12 altos, 4 violoncelles et 12 contrebasses) qui sont joués par des musiciens professionnels dans les orchestres de Zürich, Munich, Bordeaux, Toulon, Pays de la Loire, par des professeurs de conservatoires (Dijon, région parisienne, Allemagne) et des étudiants à travers l’Europe (France, Allemagne, Suisse, Belgique). Ses recherches l’ont amené à produire des instruments dont le son lui est propre, riche et timbré pour ses violons, coloré et avec du grave pour ses altos, homogène et puissant pour ses violoncelles et ses contrebasses. Chaque instrument est le fruit d’un travail méticuleux, personnalisé parfois lors de la commande, et réglé avec le musicien.
Après quelques années sur sa péniche à Avignon, Yves s’est installé récemment sur les rives de la Garonne à Toulouse, où il continue de fabriquer ses instruments dans l’atelier situé dans le magasin collaboratif O’Notes, qui regroupe différents artisans de la musique, ce qui amène une effervescence joyeuse à son travail.

Florence Fourcassié, septembre 2016